L'art est trop important
pour qu'on
l'abandonne à Antoine Perrot.

Picture you can use n°11, 2002
Ficelle agricole, carton ondulé, 100 x 100 cm
Le titre ironique - dont chacun reconnaîtra les multiples
échos - ,
donné par Antoine Perrot à son exposition, vient
rappeler la
distance qu'il inscrit dans son travail : une activité
simple
qui remet en jeu la position d'autorité de l'artiste et
de son oeuvre.
Poursuivant depuis une dizaine d'années un travail
pictural qui
ne cesse d'interroger l'irruption de notre environnement dans
la peinture, Antoine Perrot a forgé le concept de ready-made
color
pour décrire le processus d'appropriation et de déplacement
des matériaux colorés qui construisent notre quotidien.
Dans ses dernières séries, Picture you can use
et
Volume you can use, il associe des matériaux
(carton ondulé pour emballage et ficelle agricole, bois
de construction
et joint de carrelage, etc.) qui n'entrent pas dans le champ
normatif
de la peinture. Leur mise en uvre, en bouleversant les codes
de la peinture abstraite, ouvre un nouveau questionnement :
comment la peinture peut-elle susciter une relation au monde
lorsque celui-ci est formaté par une esthétique
industrielle et
nous impose par une production de masse de formes et
de couleurs une perception de moins en moins autonome ?
Pour réaffirmer que la peinture doit ouvrir un regard
nouveau sur l'environnement, il choisit des procédures
non spécialisées, que le regardeur peut s'approprier
aisément.
Celles-ci engagent l'ensemble de l'oeuvre dans un équilibre
précaire
entre les notions de public/privé, collectif/singulier,
extériorité/intériorité,
dont la somme forme une "autobiographie collective"
ainsi que le décrit
Antoine Perrot :
" C'est d'abord ce qui nous environne qui va faire peinture.
Quelle rencontre entre un matériau coloré et notre
regard va soudain
produire de la peinture ? Quels déplacements vont être
nécessaires pour
ne pas convoquer simplement la peinture, mais ce jeu de va et
vient entre
la peinture et notre environnement ? Si effectivement je me mets
à
distance et que je travaille avec les matériaux industriels
ou de grande
consommation, c'est pour pouvoir construire une investigation
de
notre présent et en même temps une autobiographie
collective.
Une autobiographie partagée, en mouvement permanent, avec
ce
qui est disponible collectivement. Face à mon travail,
le regardeur
sait que ma peinture ne parle pas de moi, mais de nous, de lui,
de moi et des autres, à l'image des matériaux que
j'utilise qui sont
partagés par d'autres usages. C'est dans ce sens-là
que je dirai que
c'est une autobiographie collective. "
(Entretien avec L. Debecque Michel, dans Abstractions, Ligeia
n° : 37-40, octobre 2001) .
L'exposition présentera les travaux récents
d'Antoine Perrot,
ainsi qu'une sélection d'uvres des dix dernières
années.
Catalogue, texte de Leszek Brogowski.
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