[Gisele Linder]



Fantaisies spatiales - URSULA MUMENTHALER (née en 1955 à Staffelbach)

De même que lors de phases ultérieures de travail, les oeuvres récentes d'Ursula Mumenthaler sont vouées à l'espace. Les photographies quadrangulaires créées lors d'un séjour à Londres attirent le regard sur une grande variété d'intérieurs: Si, alors, nous nous trouvions dans une chambre aux parois revêtues de papier peint à motifs floraux par un après-midi clair et ensoleillé et dont les contours sont nettement délimités, nous voici soudain transportés dans une halle monumentale dont les colonnes gigantesques se perdent dans les hauteurs sidérales. Puis nous sommes plongés dans la profonde obscurité d'un pavillon de plein pied dont la soupente est ouverte et dans lequel la lumière pénétrant par la porte, unique ouverture, procure l'illusion d'une quasi-plasticité.

Si divers que se révèlent les aménagements architectoniques, la variété des éclairages ne le leur cède en rien: à la pénombre diffuse d'un début de rêve angoissant succède un jeu contrasté d'ombres et de lumières, ou une clarté rassurante.

URSULA MUMENTHALER

 

Sur le plan couleurs également, les espaces diffèrent grandement: Si, dans l'un, le blanc radieux procure une sensation d'agréable fraîcheur, l'autre nous immerge dans le contraste inquiétant d'un rouge sombre et d'un orange ardent.

Chaque nouvelle pièce dans laquelle l'artiste nous conduit agit immédiatement sur nos sens et éveille maintes sensations, associations, souvenirs.

Après un certain temps, le scepticisme point néanmoins. Pourquoi la halle est-elle rouge? Pourquoi les fenêtres de cette pièce sont-elles placées Si haut? Ne sommes-nous pas déjà venus dans le pavillon à la soupente ouverte, mais dans d'autres conditions? Et pourquoi donc toutes ces pièces sont-elles vides, toutes les parois Si minces? Pourquoi des pans de murs avancent-ils dans la pièce, dissimulant ce qui est derrière, et rendant ses contours flous?

Ursula Mumenthaler est la créatrice de ces espaces. Ce que les photographies nous montrent n'est pas une réalité imaginée, mais une espèce de scène que, sans cesse, elle a transformée. Par un petit nombre d'interventions ornementales précises, elle a élaboré un compendium des espaces les plus divers et a fixé ces derniers par la photographie avant qu'une nouvelle action les fasse disparaître à nouveau.

Dans sa résidence provisoire de Londres, elle ne disposait pas de locaux réels comme auparavant. De la nécessité, Ursula Mumenthaler a fait une vertu et, avec un tout petit nombre d'objets, elle a développé tout un univers. S'appuyant sur l'art concret, elle l'a dépassé. Elle a mis des paramètres élémentaires tels que couleur, surfaces, lumière au service d'un concept clair et ainsi, au moyen de ses clichés photographiques, fait naître des espaces que chacun éprouve différemment.
Par-delà notre conviction que la photographie est un ,,reproducteur fidèle", commence alors le jeu de la réflexion sur la facilité d'abuser nos sens.

Enfin, les oeuvres d'Ursula Mumenthaler allient les travaux sur l'essence spatiale de la sculpture à la bidimensionalité de la peinture et de la photographie - démarche dont procédaient déjà ses anciennes réalisations. Cependant, les trois médias sont appliqués à un degré équivalent et s'entrecroisent dans ces nouvelles oeuvres, se motivant l'un l'autre de manière Si indissoluble dans leur effet qu'on peut avancer le terme de magistral.
Bâle, septembre 1999 Heinz Stahlhut
Traduction Jean-Paul Jenny

DANIEL GÖTTIN

2 installations spatiotemporelles

L'oeuvre de Daniel Göttin (né à Bâle en 1959> est étroitement lié au lieu. Une analyse minutieuse des contraintes architectoniques précède toujours ses interventions. Différents éléments - fonctions/règles/divergences, également proportions mais aussi décorum et motifs ornementaux - s'intègrent à une combinatorique dûment élaborée. S'inspirant de la tradition du minimal art, l'artiste procède systématiquement, mais évitant tout dogmatisme: système et modifications du système par l'application. Il définit le lieu.

Tantôt statiques, tantôt mobiles, les installations présentées à la Galerie Gisèle Linder diffèrent sur le plan catégoriel. Au sous-sol tout est fixe et a été fixé sur place. Nul préfabriqué. Par contre:
bandes textiles adhésives et tapis. Sur les murs, les bandes adhésives horizontales noires contrastent avec des plages picturales rouges. Orthogonal, le matériau industriel mou cadence, atténue l'impression d'austérité de l'ensemble, muant celui-ci en tableaux muraux et bas-reliefs, balance entre forme et fond. Comme dans d'autres interventions déjà, un morceau de tapis complète l'installation, lui octroyant une atmosphère par sa couleur de même qu'un aspect utilitaire. Les particularités de l'architecture, également ses défauts, frappent le regard. Le local acquiert de nouvelles dimensions.

La terrasse accueille une oeuvre mobile, modulaire, constituée de chevrons de bois rectilinéaires dont la partie frontale est ornée d'une bande adhésive rouge. Cet ensemble n'est pas conçu pour le lieu, mais adapté à ce dernier selon des règles claires: porter, charger, soutenir. Portés par les parois, les chevrons relient les coordonnées spatiales: plafond, parois, sol. L'ensemble est en équilibre fragile. L'artiste y ajoute une pièce anarchique: une variante parmi un grand nombre de mêmes valeurs. C'est là une nouveauté.

Si, en d'autres occasions, Daniel Gôttin avait, par souci de clarté, placé la systématique au-dessus de l'utilitaire, rendant par exemple le sofa disposé dans l'espace visible depuis les détails - fenêtre ou cadre -' dans l'installation présentée par la Galerie Gisèle Linder, les aspects ludiques et picturaux sont manifestement mis en évidence.

Un multiple sera présenté à l'occasion de l'exposition.


 
[Gisele Linder]